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Les Arpenteurs

C'est un texte rocailleux, un roman d'un Far West moderne et désincarné qui nous entraine peu à peu dans un tourbillon et laisse une trace longtemps encore après l'avoir lu. On y suit deux silhouettes, celle hiératique de l'adjoint au shériff Millimaki et celle massive de John Gload, un vieux tueur à gages local, redoutable artisan du meurtre qui tue comme il aurait pu planter des pommes dans la ferme familiale. Millimaki est encore jeune, trop intelligent pour être un simple adjoint, trop paumé pour être autre chose. Par hasard il participe à l'arrestation de John Gload, par hasard encore ils échangent quelques mots bucoliques, et là le lien se noue, aussi solide que la poigne du tueur. Millimaki se retrouve affecté à la garde de nuit du tueur pendant son procès. Une amitié aussi tordue que du fil barbelé prend forme, chacun se dévoile dans l'intimité noire d'une prison. Nuits après nuits leur relation s'approfondit, jour après jour la vie de Millimaki s'effiloche... La vie normale se délite alors que les stratégies elles, se mettent en place jusqu'au face à face final.

Ce texte n'est pas un polar et pourtant il nous tient d'un bout à l'autre. Ce texte se passe en prison et pourtant on ne cesse d'y voir de grands espaces à l'horizon vaste et sauvage. Les personnages, même les plus secondaires, trimballent une profondeur abyssale qu'on entrecroise au détour de deux phrases, d'une description.

Kim Zupan sait écrire aussi efficacement que John Gload execute ses contrats. La langue est simple directe, fertile. L'intrigue est aussi solide que les épaules du tueur et on dévore les pages pour voir la toile qui se tisse, de moins en moins anodinement, jusqu'au dénouement inattendu, magnifique et terrible de ce pacte silencieux entre les deux hommes. Pour en saisir l'ambiance, il faut imaginer que Cormac McCarthy et Jim Harrison auraient écrit le scénario d'un film co-réalisé par les Frères Coen et David Lynch. Hypnotique, brut et magistral.