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Les Saisons

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L'armoire des robes oubliées

Riika PULKKINEN (Albin Michel)


Second roman de cette jeune finlandaise et 1er roman traduit en France, L'armoire des robes oubliées est un envoûtant portrait de famille, à la fois bienveillant et réaliste, à travers les trois figures de femmes de générations différentes dont la personnalité se dévoile au fil des pages depuis la découverte d'une vieille robe au fond d'une armoire.

Si le point de départ de cette histoire somme toute banale semble un peu morbide (la grand-mère, psychologue renommée, vit ses derniers jours, atteinte d'une maladie incurable), l'auteur nous entraîne avec la grâce de son écriture dans les méandres d'un secret familial qui s'enlise depuis plusieurs générations. C'est avec une émotion contenue que l'on découvre cinquante ans d'une famille heureuse traversée par le drame d'une relation cachée par le mari, qui fut en son temps un peintre célèbre parmi les avant-gardistes d'après-guerre en Finlande.

Rikka Pulkkinen soulève progressivement le voile des secrets et ce sont des liens subtils entre les femmes qui se font jour et nous rendent les personnages attachants, mais jamais au point de tomber dans la facilité du sentiment. Fine observatrice de l'âme humaine, l'auteure réussit à rendre son récit à la fois crédible et exigeant dans sa forme.

Une grande réussite !


Stoner

John WILLIAMS (Le Dilettante)



Né pauvre dans une famille du Missouri, William Stoner se devait d'épouser la généalogie familiale, la dure paysannerie du début du XXe siècle. Mais durant ses études d'agronomie, ses parents se sacrifiant pour les lui offrir, il découvre les livres et la littérature. Stoner va alors s'émanciper, refuser le destin implacable qui se proposait à lui, et prendre le chemin de l'université qu'il ne quittera plus, devenant ensuite professeur.

Le livre se mue alors en un roman de campus digne des intrigues de Philippe Roth. Ambition, mesquinerie, amours interdites, morale étouffante...

On ne sait pas si Stoner comptera plus sur les livres pour ne pas passer à côté de la vie, ou si ce sont ces mêmes livres qui, à trop les fréquenter, feront qu'il passe à côté. Les avis de lecteurs sont partagés. Son mariage est-il un échec ? Est-il un père absent ? Il serait trop simple sans doute de faire de Stoner un raté, c'est un homme droit, obstiné dans son ratage, mais sûr de ses sentiments. Le manteau de la vie est trop grand pour lui mais il vit quand même, des éblouissements et des joies, des lumières et des bonheurs.

Simplement traduit par Anna Gavalda, joliment édité par le Dilettante, Stoner est le premier des quatre romans de John Williams traduits en français. Avis aux éditeurs.

Le beau capitaine

Mènis KOUMANDAREAS (éditions Quidam)


Pourquoi la hiérarchie militaire s’acharne-t-elle à refuser son avancement à ce jeune officier réduit à déposer plusieurs requêtes auprès du Conseil d’Etat ? Le vieux conseiller chargé de sa défense, fasciné par la beauté et le mystère du jeune capitaine, va être amené dans son enquête à pénétrer dans des zones d’ombre troublantes.

Ce roman de Mènis Koumandarèas, nous entraîne dans une double histoire qui superpose le destin de deux êtres perdus vivant ici une histoire d’amour insolite, inavouée et poignante, et celui de la Grèce des années 60, années noires qui aboutissent à la dictature des Colonels.

Mais au-delà du réalisme, ce roman de cendres dont le titre pourrait être le vieux Conseiller et le beau Capitaine est aussi une fable amère et ténébreuse, construite comme une sonate à l’écriture simple et subtile, et classe son auteur parmi les grands classiques de la littérature grecque.

Rouler

Christian OSTER (L'Olivier)

Un homme prend la route un jour d'été, direction Marseille... parce que le mot sonne bien.
De lui, le narrateur, on ne sait presque rien, si ce n'est qu'il quitte Paris. Pour combien de temps, pour quelle raison ?
Au cours de son périple automobile sur les départementales de France, des rencontres improbables, parfois des frayeurs, du danger, des hésitations.

Fuite ou quête ? Quoi qu'il en soit, l'important réside dans le chemin parcouru. Et même si le ton se veut léger, il est possible qu'une forme de tragédie se profile derrière l'agitation du voyage.

Les héros de Christian Oster ont souvent du temps devant eux. Dans ce nouveau roman, le temps disponible permettra à un homme de prendre pied dans une nouvelle vie.

Dompter la bête

Ersi SOTIROPOULOS (éditions Quidam)


Ce dernier roman d’Ersi Sotiropoulos traduit par Michel Volkovitch , " Dompter la bête" , nous raconte une histoire née dans la crise de la  Grèce contemporaine, et nous nous laissons prendre à cette lecture fascinante, entraînés dans la métamorphose du héros Aris , un homme politique narcissique axé sur ses pulsions érotiques, réveillé et animé par la quête de son poème : tout commence par sa  poursuite dans Athènes par un mystérieux jeune homme au bonnet rouge  qui conduit debout sa Peugeot …

D'une écriture rigoureuse et inventive, tragique sans négliger l'aspect comique et même grotesque des choses, Dompter la bête dissèque le comportement d'une élite tout en abordant des questions morales et existentielles. Un roman qui se lit d'un trait.

Darling River

Sara STRIDSBERG (éditions Stock)

Sous-titré Les variations Dolores, le nouveau roman de la jeune auteure suédoise tourne autour de la figure mythique de Lolita de Nabokov.

Plusieurs jeunes filles figurent ces Lolita, parcourant l'Amérique en voiture, accompagnées d'un homme - le compagnon du moment ou le père - dans un voyage qui ne semble avoir d'intérêt que pour la route elle-même et les kilomètres avalés au fil des jours. Relations tendues en permanence entre les personnages, oscillant entre cruauté gratuite et tendresse réelle. Le récit n'accorde aucun moment de répit au lecteur.

A ce tableau, il faut ajouter le couple étonnant formé par un scientifique français et la femelle chimpanzé à qui il tente maladroitement d'apprendre le dessin au Jardin des Plantes à Paris, ainsi qu'un personnage de femme sans âge qui parcourt inlassablement la périphérie des villes américaines, à la recherche de quelqu'un peut-être...

Déroutant, le roman est construit comme un puzzle dans lequel nous devons accepter d'effectuer le travail de reconstitution à partir des éléments disparates que Sara Stridsberg met à notre disposition. Lecture exigeante donc, qui bouscule le lecteur forcé de se confronter à l'ambiguïté des personnalités à la limite de la folie, à leur ambivalence et au rapport complexe qu'ils entretiennent avec la mort, le tout servi par une écriture d'une apparente légèreté qui casse définitivement les codes du roman.

Cette manière très personnelle de construire le récit en jouant avec les nerfs du lecteur, se retrouve dans le précédent roman de Sara Stridsberg, La Faculté des rêves, qui évoque la vie de la féministe Valérie Solanas, connue pour sa tentative d'assassinat envers l'artiste Andy Warhol dans les années 1960.
Une jeune auteure à suivre, sans aucun doute, et à découvrir sans attendre.

Le dernier stade de la soif

Frederick EXLEY (Monsieur Toussaint Louverture)


De sa ville natale de Watertown à la Californie ou encore New York et Chicago, Frederick Exley tente de trouver sa place parmi ses semblables, entre deux séjours en hôpital psychiatrique - où il supporte vaillamment plusieurs traitements de choc -, divers petits boulots et même un emploi de professeur de lettres, d'interminables semaines passées à parasiter l'appartement d'un ami avocat complaisant. Des journées rythmées par les matches de football américain, les beuveries, les bagarres et les rencontres improbables. L'échec est omniprésent, qu'il soit professionnel ou sexuel.
L' écriture de ces mémoires fictives est puissante et précise, qui s'autorise humour grinçant et auto-dérision permanente.


Très vite devenu une sorte de mythe littéraire lors de sa première parution aux États-Unis en 1968, Le Dernier stade de la soif fait partie de ces romans inclassables, bien loin des codes et des catégories en tout genre. Libre et sans aucune complaisance vis-à-vis de lui-même, cet esprit complexe et torturé emporte le lecteur dans les méandres de son intelligence hors normes sans jamais le perdre en route.


Parfois comparé à Bukowski ou même à Salinger, Frederick Exley ne ressemble à aucun autre, ni dans son parcours personnel, ni dans sa création. Comme le souligne son éditeur Monsieur Toussaint Louverture qui a eu la très bonne idée de le faire découvrir en France cette année, "sa légende s'est faite sur un seul livre".


Difficile de parler d'un OVNI littéraire, le mieux est encore de le découvrir par la lecture...

La préface de l'écrivain Nick Hornby vaut à elle seule le détour !

Proust contre la déchéance

Joseph Czapski (Noir sur Blanc)

Joseph Czapski fait partie des 400 officiers polonais rescapés du massacre de Katyn en 1940.
Déplacé avec d'autres dans un camp à Griazowietz, il survécut. Proust l'y aida. En effet, afin de ne pas sombrer dans le désespoir et la déchéance, lui et ses camarades, selon leur connaissances et leurs passions, imaginaient des conférences qu'ils donnaient le soir dans le réfectoire du camp.

Celle qui nous est proposée ici, dans une belle édition avec fac similé du texte que Czapski avait dicté, est entièrement consacrée à Proust qu'il admirait au-dessus de tout. Grand connaisseur de la culture française, il avait lu la littérature française des siècles précédents mais aussi les contemporains de Proust.  Son jugement sur Farrère et Loti est sévère. En bon conférencier, il énonce clairement ce qu'il connaît parfaitement, les fautes et erreurs de français sont rendues dans le texte et ajoutent à la fragilité et à la beauté de cette parole.
Situation de l'œuvre dans l'époque, condition de la rédaction, réception du roman, Proust est évoqué ici dans sa totalité. A la lecture on sent deux destins se mêler, celui de Proust seul dans son lit atteint par la maladie, écrivant comme un forcené, et celui de Czapski, prisonnier de guerre, affaibli lui aussi dans sa chair et son âme.

On imagine aisément ces prisonniers écoutant le conférencier citer Proust de mémoire avec une étonnante précision, les citations et le texte exact de La Recherche sont confrontés dans les notes et  sont surprenantes de vérité. C'est la passion qui l'anime, celle de l'œuvre mais celle aussi de l'espérance qu'elle fait nourrir.

Totally killer

Greg OLEAR (Gallmeister)

Lorsque la très sexy Taylor Schmidt débarque à New-York, fraîchement diplômée et pleine de bonne volonté, elle est loin d'imaginer le parcours désespérant qui l'attend pour trouver enfin un travail à la hauteur de ses qualifications... Jusqu'au jour où elle tombe sur l'adresse d'une agence de placement très spéciale, qui laisse entrevoir des offres extrêmement alléchantes : "un job pour lequel vous seriez prêt à tuer" !

Muni d'un humour ravageur et d'un cynisme à toute épreuve, Greg OLEAR nous propose une solution simple aux deux problèmes majeurs de la société contemporaine, chômage des jeunes et retraites, sans s'encombrer des scrupules qui nuiraient à la bonne marche des événements.
Voilà une manière originale de parler de la génération désabusée qui a succédé aux baby-boomers, cette Génération X, sacrifiée sur l'autel de la libéralisation à outrance et de l'égoïsme de ses prédécesseurs.

Un roman noir irrésistible, un grande réussite.

L'heure du Roi

Boris KHAZANOV (Viviane Hamy)

Le très ancien et minuscule royaume de Cédric X se trouve envahi, à la suite de bien d'autres, par la puissance tentaculaire du Reich de 1940. Réduits à un état de léthargie générale, le vieux roi et ses sujets supportent les contraintes en courbant l'échine... jusqu'au jour où une nouvelle directive va faire basculer le destin de ce petit bout de terre oublié.

Impossible de raconter ce qui arrive ensuite, de dire la folie d'un geste fatal, d'en expliquer la grandeur et la dignité. Seul un grand romancier pouvait s'emparer d'un sujet aussi difficile à traiter que celui du traumatisme de l'Histoire, sur le mode de la fable et avec une élégance à couper le souffle.

On est selon toute vraisemblance en présence d'un chef-d'œuvre de la littérature russe contemporaine, d'autant plus rare que cette dernière nous avait peu habitués à cette forme courte du récit...

Boris KHAZANOV est né à Leningrad en 1928. Après plusieurs années de travaux forcés pour avoir participé à un mouvement antisoviétique, il devient médecin et se consacre à la l'écriture. Publié à l'origine dans une revue israélienne avant d'être reproduit dans les samizdat russes, L'Heure du Roi se retrouve finalement en Allemagne, où son auteur reçoit en 1998 le prix "Littérature en exil" de la ville de Heidelberg.


Les liaisons ferroviaires

Jean-Pierre MARTIN (Champ Vallon)


Tout peut arriver dans le TGV Nice-Bruxelles ! C'est en embarquant des personnages riches de leur vécu et de leurs différences que Jean-Pierre MARTIN dresse un état des lieux fictif de la parade amoureuse au temps de la Très Grande Vitesse.

Ici, pas question d'analyse sociologique ou de bases de données rébarbatives sur le comportement amoureux, c'est tout simplement en observant le petit monde clos de la voiture 16 et du wagon-bar que l'auteur nous dit la complexité et parfois la drôlerie de la technique de drague en état d'urgence (sept heures, c'est si court !).
Ceux d'entre nous qui prennent souvent le train, remarqueront non sans malice que le contrôleur - parfait sosie de Lambert Wilson et séducteur compulsif - nous rappelle vaguement quelqu'un, que la psychanalyste aux abois, la championne de karaté fatiguée et les hommes d'affaires pongés dans la lecture du journal Les Echos sont emprunts d'un réalisme tout à fait étonnant. Mais la véritable trouvaille, c'est l'introduction d'un observateur extérieur inoubliable : l'ethnologue du proche, celui dont le travail de recherche se trouve précisément être la diversité des comportements amoureux dans ce train qu'il connaît bien.

Tout en finesse et par le biais d'un humour parfois ravageur, Jean-Pierre MARTIN nous offre un moment de grâce et de bienveillance sur le genre humain. Un livre qui donne un nouveau souffle au thème éternel de la rencontre amoureuse.

Inutile de préciser qu'il ne vous sera plus possible de prendre un train comme avant, après lecture de ce petit bijou...

La vie très privée de Mr Sim

Jonathan COE (Gallimard)

Il était une fois... Maxwell Sim, ou comment survivre dans un monde régi par les technologies de l'information et de la communication... en particulier lorsque l'on est un quadragénaire à la personnalité insipide et qu'on est dans l'incapacité de nouer la moindre relation avec ses semblables ?

Sujet éminemment contemporain que Jonathan Coe met en scène avec un plaisir non dissimulé. Il manipule son lecteur, le perd ou le retrouve grâce à des indices qu'il lui tend pour reconstituer la vie sans relief du citoyen britannique en quête de sens et qui plie sous le poids de la dépression.

C'est en maître de la satire sociale que l'auteur dresse un portrait drôle et touchant de ce véritable antihéros qui semble avoir oublié de prendre le train en marche, dans une société qui ne laisse à voir que ses gagneurs. La construction du récit pour le moins virtuose nous enchante jusqu'à la dernière ligne, révélant toute la malice de l'auteur qui semble nous adresser un ultime clin d'œil... du grand art !

Retrouvez Jonathan Coe dans le Grand Entretien de France Culture (17 février 2011).

Des Eclairs

Jean ECHENOZ (Minuit)

Des Éclairs : un titre tel un traité scientifique pour le troisième volet du triptyque imaginé par Jean Echenoz sur les vies épiques de personnages hors du commun. Après le musicien Ravel et le sportif Zatopek, l'écrivain s'est attaqué à l'ingénieur Nikola Tesla (1856-1943), héros magnifique et pathétique à la fois, qui a imaginé d'innombrables innovations scientifiques au cours de sa vie tumultueuse, sans jamais se soucier réellement de l'enregistrement des brevets, "soufflés" à intervalles réguliers par des concurrents plus pragmatiques que lui.

On ne saura jamais à quel point les conditions extraordinaires de sa naissance, une nuit de tempête apocalyptique dans la région des Carpates, auront influencé sa carrière et notamment sa passion pour l'électricité, toujours est-il que que le personnage est devenu une figure emblématique aux États-Unis où il a fait toute sa carrière et où il reste une célébrité.

Tesla, alias Gregor, nom prêté par Echenoz à son personnage, aura inventé la très grande majorité des éléments technologiques de notre quotidien actuel : de la radio à l'accélérateur de particules, en passant par le microscope électronique, le radar et les rayons X... Tesla voit loin, il voit l'humanité comme on regarderait l'univers dans son ensemble. Il avait même pensé les prémices de l'Internet au début du XXè siècle !

Dépeinte à travers l'écriture élégante et rapide de Jean Echenoz, cette vie de solitude prend tour à tour un caractère comique puis tragique. Une très belle manière de clore ce triptyque des vies imaginaires du siècle passé.

Jean Echenoz parle de son livre.

Casa Balboa, chronique d'un désordre ordinaire

Mario ROCCHI (La Dernière Goutte)

Comédie dramatique à l'italienne, Casa Balboa est le récit des aventures drolatiques d'un journaliste lucquois désabusé, tiraillé entre sa femme et ses enfants qu'il ne comprend plus, une voisine parfaitement irrésistible et insatiable, et son travail à la rédaction du journal local qui ne lui offre guère l'occasion de relater le moindre événement digne d'intérêt. Pour le vieux libertaire, rien ni personne ne trouve grâce à ses yeux, hormis son chien Otto, véritable compagnon de route attachant et obsédé sexuel comme son maître.

Dans ce livre au ton cru et désinvolte, tout le monde en prend pour son grade, les politiques (avec une prédilection pour Berlusconi), l'armée, l'Eglise, les jeunes qui n'en foutent pas une, les institutions en général, les femmes en particulier, les collègues journalistes, les peintres du dimanche et j'en passe.
Cette fresque colorée et exubérante de l'Italie contemporaine s'offre en plus le luxe d'une fin digne des grands poètes romantiques avec une ode désespérée à la vie à ne manquer sous aucun prétexte !

L'occasion de saluer également le très beau travail de la maison d'édition strasbourgeoise qui ne manque pas d'originalité dans ses choix.

Chat sauvage en chute libre

MUDROOROO (Asphalte)

Premier roman de l'auteur aborigène Colin Johnson, alias Mudrooroo publié en 1965, Chat sauvage en chute libre est enfin traduit en français grâce à la jeune maison d'édition Asphalte.

Un jeune métis tout juste sorti de prison éprouve la difficulté de trouver sa place entre la culture de ses ancêtres aborigènes et celle des Blancs qui le passionne mais d'où il se sent étranger malgré tout. Sur fond de musique jazz et de contre-culture des années 1960, ce parcours initiatique qui a marqué la littérature australienne contemporaine est aussi l'histoire universelle d'une humanité aux origines mélangées qui peine à trouver ses repères.
Ce Chat sauvage est un roman percutant, social, politique aussi, et surtout une quête des origines qui oscille entre brutalité et tendresse pudique.

La centrale

Elisabeth FILHOL (P.O.L)

Sujet rarement traité en littérature, l'industrie nucléaire constitue la toile de fond de ce livre profondément réaliste.
Le lecteur est guidé dans ce monde insensé par un intérimaire que l'on va suivre durant plusieurs semaines dans son "parcours nucléaire" sur les sites de Chinon et du Blayais.

Toute la force de la romancière réside dans la manière d'évoquer le stress incessant dans lequel sont plongés les travailleurs de l'ombre, forcés de contrôler en permanence leur taux de radiation au moyen d'un dosimètre qu'ils ne quittent qu'au moment de sortir de l'enceinte de la centrale. La moindre surdose provoquerait l'arrêt immédiat du contrat de travail. La menace est permanente.

La froideur des descriptions de cet environnement hostile permet à Elisabeth Filhol de nous faire sentir le cynisme implacable de l'industrie nucléaire. Celle-là même qui pousse les hommes, "chair à neutrons", en première ligne du danger comme des soldats envoyés au front.
On se souviendra sans doute longtemps de l'explication très détaillée de l'incident de Tchernobyl et de l'acharnement imbécile d'un ingénieur.
Quelle place l'Homme réserve-t-il à l'Humain, dès lors qu'il est capable créer les conditions de sa propre destruction ?

Elisabeth Filhol réussit avec ce premier roman un véritable coup de maître.