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couverture du livre

La nuit des béguines

Aline KINER
Liana Levi
22 euros

 

Une plongée savoureuse dans la vie des béguines au cœur du Paris médiéval !

Béguine, béguinage, cela vous dit sans doute quelque chose… Les béguinages, ces lieux paisibles dans certaines villes du Nord de l'Europe, Amsterdam, Bruges, Bruxelles. Aujourd'hui souvent désertés de leurs habitantes, devenus des espaces privilégiés pour le repos et la contemplation à l'écart du bruit urbain contemporain.

Il existait également un béguinage à Paris, situé dans le Marais, qui a depuis disparu. Aline Kiner nous narre avec brio l'histoire de ces femmes libres, ni tout à fait laïques, ni tout à fait religieuses qui y vivaient en communauté, sans être cloîtrées. Sous Philippe Le Bel, à l'heure de la chasse aux hérétiques, les béguinages représentent un espace de liberté menaçant les ordres établis et forment des cibles privilégiées.

On suit plusieurs générations de femmes, Ysabel, Maheut, Agnès, chacune ayant son chemin de vie, tentant de se (re-)construire au contact des autres, en travaillant, en soignant, en traduisant des textes sous le manteau...
Saveurs, couleurs, matières, odeurs, on vibre à la richesse des évocations chatoyantes de ce roman. C'est extrêmement bien documenté et véritablement passionnant.

Alors quand une cliente vient nous parler d'un éventuel projet de béguinage à La Rochelle, on se plaît à rêver qu'un vivre-ensemble est possible pour toutes les générations…

Rencontre avec Aline Kiner le vendredi 11 mai 2018 !

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Une rencontre à Pékin - Une autre Aurélia

Jean-François BILLETER
Allia
8,50 euros - 7 euros

Le diptyque Une rencontre à Pékin et Une autre Aurélia forme un trésor précieux que l'on voudrait toutefois partager.

Jean-François Billeter part étudier le chinois à Pékin dans les années 1960. Le futur sinologue raconte, dans ce premier livre, sa rencontre avec une jeune étudiante en médecine, Wen, qui changera sa vie à jamais. Une rencontre inimaginable pour un étudiant suisse dans la Chine de Mao-Tsé-Toung. Tisser des liens avec une Chinoise pour un étranger relève de l'exploit et n'est pas dépourvu de risque lorsque la Révolution culturelle se prépare. Avec patience et précision, il explique le contexte inédit de cette rencontre, les obstacles franchis et les stratagèmes qui lui ont permis de vivre une histoire extraordinaire. Une rencontre à Pékin est une pépite qui donne envie de découvrir toute l’œuvre de Jean-François Billeter.

L'occasion de mieux connaître Jean-François Billeter nous est donnée avec Une autre Aurélia. Pour être tout à fait honnête, il est bien difficile de rédiger une note pour ce petit livre. Submergé que l'on est par les émotions que sa lecture procure. Après la mort de Wen, l'auteur tient son journal. Wen est en lui, le suit, le jour, la nuit, jusque dans ses rêves. On avance avec lui, on l'accompagne vers une certaine lumière, un apaisement. C'est tout simplement le récit de l'amour. D'une magnifique histoire d'amour.

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Dans l'épaisseur de la chair

Jean-Marie BLAS DE ROBLÈS
Zulma
20 euros

Que sait-on de nos racines ?

Au milieu de la nuit, un homme part, vexé par une remarque de son père la veille au soir : « Toi, tu n'as jamais été un vrai pied-noir ! ». Accroché à un bout, incapable de remonter sur le bateau sur lequel il a fui, il médite sur ce jugement, plein de contradictions, et évoque la vie de cet homme qui a traversé le siècle, dont l'histoire se mêle à l'Histoire. Espagnol d'Algérie, engagé pendant la Seconde guerre mondiale en Italie, appelé pendant les « événements » puis médecin auprès des mineurs des Vosges, le fil est déroulé méticuleusement par son fils.

Un portrait émouvant et passionnant qui traverse la Méditerranée. En quatre temps, comme autant de couleurs des jeux de cartes à enseignes espagnoles (deniers, épées, bâtons, coupes), il décline les mille et un visages d'un père et d'un héritage.

Encore une fois, les éditions Zulma nous offre une perle dans un écrin. La qualité de l'objet livre est un vrai plaisir et sublime les mots de Jean-Marie Blas de Roblès. 

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Point Cardinal

Léonor DE RÉCONDO
Sabine Wespieser
20 euros

Nous avons lu avec grand plaisir Pietra Viva et Amour et sommes de nouveau conquis, troublés par le dernier roman de Léonor de Récondo : Point cardinal.

Un point cardinal représente un repère à l' horizon pour se diriger, un ancrage qui physiquement, intellectuellement, vous positionne, vous situe…

Ici, le point cardinal pourrait représenter la vérité du corps qu'un père de famille essaie d'atteindre parce que c'est plus fort que lui, son corps lui ordonne de se féminiser. Sa position sociale lui impose de se cacher pour se travestir mais rapidement cette situation deviendra insoutenable. Cet homme ne pourra plus transiger sur son désir de se montrer femme aux yeux des siens , de son entourage, sans velléité de choquer juste de se montrer tel qu' il est…

Léonor de Récondo écrit juste, transmet comme dans Amour par le biais du froissement des matières, des tissus, la transparence des émotions pour atteindre la plénitude à force d'endurance et de courage. Le portrait des membres la famille est respectueux, délicat.

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14 JUILLET

Eric VUILLARD

Actes Sud

19 euros

Cela ne viendrait à l'idée de personne, des sans-grades de nos lointaines banlieues, des déclassés des campagnes désertifiées de France, des jeunes sans espoir de faire la révolution ou tout du moins de prendre une de nos bastilles contemporaines.

C'est qu'un assaut comme celui raconté par Eric Vuillard dans 14 juillet, cela ne se pense pas. Une foule ça ne pense pas ça agit. Ce 14 juillet est le récit d' une marche, d'un geste, d'un mouvement, d'un acte physique. Ce qu'on ignore, il faut le raconter donc l'inventer.

De ce 14 juillet on sait peu de choses, quelques témoignages, quelques archives, et puis le récit des grands écrivains et historiens, Lamartine, Michelet, Furet. Eric Vuillard n'est pas de cette descendance, il est plutôt proche du Michon des Onze qui recréait la terreur et bousculait Michelet. Vuillard convoque l'Histoire alors qu'elle est en marche, comme le petit peuple de Paris qui ouvre cette marche sans se douter qu'il est entrain d'écrire cette histoire. Cette journée qui a fait la France, Vuillard en fait un grand tumulte, un vaste charivari auquel participent les traines-savates, les gueux, les enfants des rues, les artisans, les colporteurs, c'est une foule,organique, vivante, inquiétante. Les armes qu'elles prend en main ne le sont pas moins car véritable prolongement du bras, du corps.

Comme au milieu d'un tumulte, de ces splendides pages, on sort remué comme si on avait participé à cette journée.

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Laetitia

Ivan JABLONKA
Points
8,20 euros

 

Il faut lire aussi le sous-titre du livre de Ivan Jablonka (Laetitia ) "ou la fin des hommes", qu'entend il par là ?

Est ce la fin des hommes au sens d'une civilisation, d'un continent, d'un pays ou est ce la fin des hommes, du masculin si malveillant et nuisible dans cette sombre histoire ?

A la lecture de ce fait divers, lu, relu, raconté, expliqué, commenté, vérifié et mis en perspective par l'historien, on a le sentiment d'être au milieu d'un gué, quelque chose vient de changer et tout est immuable, permanent, d'un tragique inexorable tel que Faulkner le décrit dans ses vastes fresques familiales.

Un fait divers oui, banal non car comme chez l'illustre romancier américain, l'homme est un fétu de paille, balancé dans le grand vent de l'existence. Balancés  les protagonistes du récit le sont tous, de Laetitia à son bourreau, brassés par des vies qu'ils n'ont pas choisies. Jablonka choisit le point de vue de la victime ou plutôt à l'instar d'un photographe la focale de la victime, focale qu'il s'efforcera de conserver tout au long du récit avec tous les personnages du drame.

En à peine 24 heures que s'est il passé dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011 près de Pornic au pays de Gilles de Rais? Laetitia meurt sous les coups de son bourreau, Jablonka veut que l'on se souvienne d'elle et  en fait une luciole au creux de l' hiver, une phosphorescence, "un sillage pailleté", "une traine de mots", on s'en souviendra encore longtemps de Laetitia comme d'une jeune fille au seuil de sa vie de femme, mais aussi comme d'une tragédie de vies manquées, une danse jusqu'à la fin des temps. Et d'un grand livre.

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Le grand marin

Catherine POULAIN
Points
7,90 euros

"Difficile de ne pas parler de la biographie de Catherine Poulain pour introduire cet excellent livre. Employée d’une conserverie de poissons en Islande, dans un chantier naval aux US, travailleuse agricole au Canada, barmaid à Hong Kong, à la pêche pendant dix ans en Alaska, née à Manosque en 1960, vivant aujourd’hui entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc, bergère et ouvrière viticole, Catherine n’est pas une "petite femelle". Être une petite femelle c’est pas pour moi. Je veux qu’on me laisse courir (p. 244).
Une runaway, de Manosque-les-Plateaux / Manosque-les-Couteaux, quitte la cité de Giono (dans Manosque-des-Plateaux, Giono écrit Là, j’ai compris pourquoi les jeunes filles se noyaient : c’est la porte d’un pays, c’est un départ..) pour prendre le large. Et quel large ! Kodiak en Alaska. Elle va y pêcher la morue noire, le crabe et surtout le flétan. Le flétan, (halibut, Hippoglossus, le plus grand poisson plat du monde, peut dépasser les 2,50 m pour 300 kg), donnerait à lui seul, à mon sens, l’intérêt de traîner au nord de l’Amérique. On est loin de la sole portion, cauchemar d’un monde moderne qui a perdu tout sens.
Dans le grand marin, on est dans le sauvage. Le sauvage de Richepin, si bien mis en musique par Brassens. Regardez les passer ! Eux ce sont les sauvages, Ils vont où leur désir le veut : par dessus monts, et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages. L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.
Nos poumons sont mis à rude épreuve, par une écriture unique et corporelle. Un corps au service d’une aventure, un corps qui souffre à la découverte d’une vie, une force incroyable alliée à une si belle fragilité.
Roman (?) de l’humilité, de l’apprentissage, de l’amitié. Une route vers un amour finalement présent et heureusement libre. Repeindre la ville en rouge, aller se cuiter, comme tous les marins du monde, dans les bars, les ports. On ne saura pas pourquoi cette peur de la balle perdue, on n’ira pas à Point Barrow, mais on découvrira un des livres les plus marquants de ce début de siècle.
Catherine Poulain, que j’espère nous pourrons recevoir ce printemps, mets ses pieds dans ceux de Jack London, Herman Melville, Joseph Conrad… On assiste à la naissance d’une écrivaine, rare et belle. Pourvu que les loups nous la laissent !" 

Christophe RANGER
Vice-président du Yacht Club Classique

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Il était une ville

Thomas REVERDY
J'ai lu
19 euros

 

On suit depuis quelques années à la trace ce jeune auteur avec cinq romans à son actif.

 Les jurés du prix Goncourt ne s'y sont pas trompés en gardant  II était une ville dans leur liste presque finale.

Comment dire la beauté de ce livre sans trop le dévoiler ?

Thomas B Reverdy connait sans doute l'extraordinaire travail photographique de Romain Meffre et Yves Marchand Ruins of Detroit, qui montre le déclin dans lequel a sombré la ville en à peine une génération. Voir ces photographies ou lire Reverdy c'est comme admirer une ruine c'est à dire osciller entre fascination et tristesse.

Un décor, la ville délabrée, presqu'un fantôme. Des personnages, Eugene un jeune ingénieur français fraichement débarqué dans l'industrie automobile, Charlie un enfant tout droit sortie de La nuit du chasseur,  Candice sa grand-mère que vous ne voudrez plus jamais quitter. Et cette idée géniale de faire disparaître une centaine d'enfants que l'inspecteur Marlowe- oui! comme dans les romans de Chandler- va s'efforcer de retrouver. Comme un bon policier mais trempé dans  une encre sensible et délicate pleine de nuance,  le livre nous tient en haleine de bout en bout jusqu'à ce long plan séquence de la fin. Magistral !

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Boussole

Mathias ENARD
Actes Sud
9,80 euros

Boussole est la confession d'un fumeur d'opium - Franz Ritter orientaliste et musicologue - atteint d'une maladie grave et qui sent la mort venir.
De son lit, non pas de souffrance mais d'insomnie - le livre se déroule en une nuit- il convoque ses souvenirs, ainsi que la bande d'orientalistes qu'il a connus lors des ses voyages (magnifiques portraits d'originaux et de femmes mystérieuses et belles) mais surtout il fait l'inventaire des liens tissés entre Europe et Orient depuis plusieurs siècles.
Musique, littérature, peinture, archéologie, politique tous ces champs d'expression sont étudiés dans une seule perspective celle de dresser un pont entre deux points cardinaux. On passe sans crier gare de Vienne à Téhéran, d'Istanbul à Damas. Le roman laisse une impression forte et vive. La boussole dont il est question nous emmène irrépressiblement vers un Orient, une sorte d'autre, un autre absolu, un Orient de l'Orient. Mais surtout un Orient éclairé, humaniste, érotique ce qu'on à peine à croire par les temps qui courent.

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Vide-grenier, voyage dans la mémoire

Patrick Mcguiness

Grasset

19 euros

 Il faudrait un jour commencer à recenser les livres de littérature illustrés de photographie.

André Breton avait ouvert le bal avec Nadja et L'amour fou ; il y eut Rodenbach et Bruges la morte ; Sebald a porté très haut et loin ce procédé qui chez lui n'en est pas un.  Dans leurs livres, la photographie n'illustre pas, elle orne à peine, elle chemine plutôt, ponctue parfois, ajoute toujours.

C'est le cas pour Vide-Grenier. Les photographies sont toutes de l'auteur, elles ont une unité de lieu et presque de temps, un temps arrêté, figé dans sa gangue. Alors qu'il a passé les quasi cinquante ans de sa vie à voyager, Patrick Mcguinness décide de faire revivre la maison et la petite ville de Belgique ou sa grand mère vivait, où il a passé tant d'heures et où il séjourne toujours fréquemment. La ville se nomme Bouillon, elle est pittoresque, petite, enserrée dans un fleuve et belge comme jamais et toujours...

Les textes sont courts, drôles sans cesse car les Belges plus que faire rire sont drôles, tristes parfois parce que la vie est cruelle aussi, cocasses, profonds souvent, sérieux jamais. On aime la recette de la Trempinette, le petit déjeuner bouillonnais, ou Comment pisser dans ses frites (cela ne s'invente pas), ou Le cul en hommage à Monsieur Hanus qui tenait un café...Vide-grenier de l'enfance, souvenir du souvenir, " il semble que je me rappelle non les choses elles-mêmes, mais leur souvenir, comme si, au moment où je les vivais, le présent ralentissait, s'enlisait avant de se fixer dans les tons sépia", pêle-mêle, fatras aurait écrit Prévert, aucun des objets de ce livre n'a de valeur comme le dirait un antiquaire mais ils valent bien plus, quant aux êtres tous plus attachants les uns que les autres, ils le sont tant qu'on les aime pour toujours. C'est ce qui s'appelle rendre hommage.

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