Sara STRIDSBERG (éditions Stock)

Sous-titré Les variations Dolores, le nouveau roman de la jeune auteure suédoise tourne autour de la figure mythique de Lolita de Nabokov.
Plusieurs jeunes filles figurent ces Lolita, parcourant l'Amérique en voiture, accompagnées d'un homme - le compagnon du moment ou le père - dans un voyage qui ne semble avoir d'intérêt que pour la route elle-même et les kilomètres avalés au fil des jours. Relations tendues en permanence entre les personnages, oscillant entre cruauté gratuite et tendresse réelle. Le récit n'accorde aucun moment de répit au lecteur.
A ce tableau, il faut ajouter le couple étonnant formé par un scientifique français et la femelle chimpanzé à qui il tente maladroitement d'apprendre le dessin au Jardin des Plantes à Paris, ainsi qu'un personnage de femme sans âge qui parcourt inlassablement la périphérie des villes américaines, à la recherche de quelqu'un peut-être...
Déroutant, le roman est construit comme un puzzle dans lequel nous devons accepter d'effectuer le travail de reconstitution à partir des éléments disparates que Sara Stridsberg met à notre disposition. Lecture exigeante donc, qui bouscule le lecteur forcé de se confronter à l'ambiguïté des personnalités à la limite de la folie, à leur ambivalence et au rapport complexe qu'ils entretiennent avec la mort, le tout servi par une écriture d'une apparente légèreté qui casse définitivement les codes du roman.
Cette manière très personnelle de construire le récit en jouant avec les nerfs du lecteur, se retrouve dans le précédent roman de Sara Stridsberg, La Faculté des rêves, qui évoque la vie de la féministe Valérie Solanas, connue pour sa tentative d'assassinat envers l'artiste Andy Warhol dans les années 1960.
Une jeune auteure à suivre, sans aucun doute, et à découvrir sans attendre.